Il était une fois un pays si petit qu’aucune carte ne pouvait le représenter. C’était une toute petite vallée enchassée entre deux grandes montagnes. Y chantonnait gaiement un tout petit ruisseau. Au bord du tout petit ruisseau se nichait une toute petite cabane. Dans la toute petite cabane vivait un jeune homme qui avait été déposé là quand il était encore un tout petit enfant. Il avait grandi dans la tendresse des bêtes et vivait de cueillette. Il était vigoureux cependant sous une apparence gracile et d’une beauté peu commune.
Il vint à se languir d’être toujours tout seul et décida de se mettre en route pour chercher une épouse, de l’autre côté des montagnes. Ses amis les oiseaux lui offrirent leurs plus belles plumes afin qu’il s’en fasse un habit chatoyant susceptible de charmer une belle, là-haut.
Il commença à gravir la montagne de l’Est où s’étendait le royaume du soleil levant. L’ascension était rude, il peina tout au long du jour. Parvenu au sommet, il était si harassé qu’il s’étendit sous un cèdre et s’endormit.
La fille du roi passait par là et, saisie par la délicatesse de son visage, elle en devint follement éprise. Elle demanda à ses serviteurs de conduire l’inconnu au palais dans la chambre réservée aux invités de marque puis elle convoqua le plus vaillant tailleur du royaume et les brodeuses les plus habiles de sa maison afin qu’ils confectionnent, l’espace d’une nuit, un pourpoint de velous brodé pour le jeune homme. Elle voulait le faire passer pour un prince aux yeux de ses parents. Elle était en effet fiancée, depuis sa plus tendre enfance, au fils du roi de la montagne du Ponant.
Quand le jeune homme s’éveilla, il s’étonna de se trouver dans une si vaste chambre avec des lambris dorés, des brocarts somptueux et des lustres de cristal où jouaient les premiers rayons du soleil. Il s’étonna plus encore de se voir revêtu d’un pourpoint précieux. Mais ce qui l’étonna davantage, c’est lorsqu’il vit penchée sur lui une enfant rieuse comme le petit ruisseau, avec des joues rouges comme des pommes et un regard tendre comme celui des bêtes qui avaient veillé sur son enfance. C’était donc elle, celle qu’il était venu chercher?
La princesse le prit par la main et l’invita à la suivre jusqu’aux appartements du roi son père et de la reine sa mère. Elle fit sa révérence : “Mes chers parents, leur dit-elle, voici mon fiancé, le Prince de la Montagne du Ponant, qui était impatient de me connaître. Je l’ai rencontré en chemin, pendant ma promenade.” En disant cela, elle ne pouvait s’empêcher de sourire d’un air espiègle. Le roi et la reine étaient un peu chagrinés par cette entorse au protocole mais ils étaient charmés par la grâce du jeune homme et ils mettaient sa singularité sur le compte de son éducation dans un royaume étranger. La rencontre était bon enfant et la princesse était aux anges.
Mais tout-à-coup, le son d’une trompette détruisit cette belle harmonie. C’était un cavalier qui venait du royaume du Ponant apportant un message :
“Sire, nos enfants sont maintenant en âge de se marier et nous viendrons demain vous rendre visite, afin d’organiser la fête des fiançailles.”
Les parents de la princesse entrèrent dans un grand courroux et crièrent à l’imposture. Ils firent jeter le malheureux jeune homme au cachot. La princesse, désespérée, s’enferma dans sa chambre et refusa le lendemain de voir le soit-disant vrai prince. Vexés, le roi et la reine de la montagne du Ponant s’en retournèrent avec leur rejeton après avoir rompu les fiançailles.
La princesse, inconsolable, refusait de quitter sa chambre et d’absorber la moindre nourriture. Elle avait une servante qu’elle aimait beaucoup et qui lui était très attachée. Elle détenait un lourd secret qui pesait sur sa conscience et, devant le chagrin de sa maîtresse, elle alla se jeter aux pieds du roi pour implorer son pardon. Sa soeur aînée était servante depuis fort longtemps au royaume du Ponant. Le même jour que la reine, elle mit au monde un garçon. Son mari, un homme grossier et envieux, qui la tenait sous sa coupe, eut l’idée d’échanger les nourrissons afin que leur fils devienne roi un jour. La pauvre femme s’exécuta mais elle était en proie à un vif chagrin et s’était confiée à sa soeur. Quant au prince légitime, le méchant homme préféra s’en débarrasser en l’abandonnant dans la toute petite cabane, au fond de la toute petite vallée, dans le tout petit pays, si petit qu’aucune carte ne pouvait le représenter.
Le roi fut plein de clémence et pardonna à la servante. Il délivra le vrai prince et lui offrit la main de sa fille et son royaume. La main de sa fille, le jeune homme accepta mais le royaume refusa. A tous les royaumes du monde, il préférait son tout petit pays, si petit qu’aucune carte ne pouvait le représenter, et la rieuse princesse, qui tendrement l’aimait, fut bien aise de l’y suivre.
Catherine Selosse, Saint-Martial, août 2007
mardi 1 janvier 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire